LA SIGNATURE

Le fait que nous connaissions bien l’œuvre de Laurent de la Hyre, est en partis dû au fait que la préparation utilisée pour réaliser ses peintures, semble avoir pour but leur pérennité. En plus du fait de les signer, cela révélerait chez ce peintre, un désir de passer à la postérité. Nous pourrions ainsi voir le travail de Laurent de La Hyre comme étant une étape supplémentaire, contribuant à la revendication des peintres voulant voir évoluer leur statut. Des peintres souhaitant que leurs œuvres soient reconnues non plus comme le fruit des «arts mécaniques», mais comme celui des arts libéraux. D'autre part, les signatures de Laurent de La Hyre sont parfois suivies d'une autre initiale que la sienne. Ce qui nous révèle, que le peintre a eut des collaborateurs. Nous nous attarderons alors ici, sur le statut de ceux de sa profession, puis sur la potentielle collaboration que l'on pourrait envisager pour le tableau de Creil.


1ère de couverture de l'oeuvre de l'abbé Fontenay

Il faut atttendre la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec des personnalités comme l'abbé Fontenay, pour voir l'usage du mot artiste que nous connaissons de nos jours, se répandre.


A. Le statut du peintre au XVIIe siècle :


L'emploi du terme d'artiste aujourd'hui va de soi, lorsqu'il s'agit de parler de personnes ayant vécu à une époque où le mot n'était guerre utilisé. C'est une des raisons qui nous amène à ne pas l'employer sur ce site. Le statut d’œuvre d'art prêté aux peintures rupestres préhistoriques, fait par exemple encore débat chez les spécialistes : s'agit-il d'une expression plastique poètique, ou purement magico-religieuse ? En l'absence de toute revendication de la part d'un auteur, il délicat de vouloir appliquer le mot artiste à une personne, qui aurait vécu avant la seconde moitié du XVIIIe siècle.


Dès le Moyen-Âge, peintres et sculpteurs sont à l'origine d'une production que l'on relègue aux «arts mécaniques», laquelle s'oppose aux arts libéraux. Une production plutôt considérée comme de l'artisanat et issue d'un milieu peu estimé. Le mot mécanique sous-entend «mesquin», ou même «avare» ; des termes péjoratifs. En 1613, le Traité des Ordres et dignités de Charles Loyseau relègue par ailleurs les praticiens issus des arts mécaniques, au plus bas de l'échelle sociale ; juste avant les laboureurs.


Il faut attendre la Renaissance, pour qu'un statut particulier distingue les peintres et sculpteurs. La représentation est mieux considérée alors, dans la mesure où elle a la capacité de servir le sacré, ou le pouvoir. Un toujours plus important goût pour les arts se développe ainsi, au sein des élites religieuses, bourgeoise ou aristocratiques. Phénomène qui permet réciproquement à ceux qui pratiquent les arts, de jouir d'un statut juridique particulier. Au XVIe siècle, des académies vont se développer en Italie, puis en France ; leur but étant de hisser le dessin, la sculpture et la peinture, au rang des arts libéraux, ceux touchant à l'esprit. En 1648, la fondation de l'Académie de peinture et de sculpture en France, pensée sur le même modèle que celle des Belles Lettres, ne gagnera néanmoins véritablement sa légitimité seulement sous Louis XIV, en 1661.


«Artiste» est alors un mot très peu usité et n'est qu'un adjectif, désignant ceux pratiquant les arts libéraux (chimistes, musiciens, horlogers). Ce n'est que dans la seconde moitié du XVIIIe siècle qu'il devient un nom, par exemple sous la plume de l'abbé Fontenay, en 1776 ; avec son Dictionnaire des artistes. Outre l'anoblissement de Titien ou d'autres peintres, la signature, la volonté de passer à la postérité, participe aussi avant de la promotion desdits peintres, sculpteurs et dessinateurs.


B. Une potentielle collaboration :


Jamais Laurent de la Hyre n'eut à diriger d'équipes, ou de grands chantiers. Cependant, comme d'autres maîtres du XVIIe siècle, on sait qu'il reçoit parfois l'aide d'autres personnes et des documents prouvent qu'il a eut des apprentis.


François Chauveau est le seul d'entre eux, à vraiment devenir un praticien aguerri. Baptisé le 10 mai 1693, son acte d’apprentissage n'a pas été retrouvé, mais Guillet de Saint-Georges le dit avoir été l'apprenti de La Hyre ; biographie qui sera reprise ensuite, par d'autres auteurs. En 1700, il compte parmi les Hommes illustres de Charles Perrault : il est dit être un bourguignon, qui avec son frère aîné, eut un père leur ayant fait apprendre musique, peinture, mathématiques, mais aussi dessin et peinture, sous la tutelle de Laurent de La Hyre. Un revers de fortune les forcera cependant, à devoir gagner leur vie ; Chauveau pratique alors la gravure, à cette fin.


1629 marque apparemment le début de ses productions gravées sur bois, sans qu'il ne s'agisse forcement d'un travail fait avec Laurent de La Hyre. Cela dit, une réception de l'oeuvre de ce dernier se verra, jusque dans les années 1650. De plus, il retourne au près de son maître en 1639 ; lequel pratique alors beaucoup la gravure. Sans que la relation de maître à élève, ne soit forcement encore à l'ordre du jour. Bien que Chauveau soit un graveur ayant son talent propre, un lien entre lui et de La Hyre existe donc. Ce qu'une série de gravures de Chauveau confirme ; elle reproduit certains des tableaux de Laurent, peints entre 1638 et 1642. Parmi eux, il faut compter une Adoration des bergers, laquelle nous aide à envisager une datation, pour le tableau de Creil.


Adoration des Bergers de François Chauveau

François Chauveau (d'après Laurent de La Hyre), (sens inversé) Adoration des Bergers, date inconnue, estampe, H = 42,7 cm, L = 29,8 cm (53.600.289 - M.E.T., New-York)


Par ailleurs, il est intéressant de constater que l'Inventaire général des monuments nationaux compte justement parmi ses notices, celle de ladite toile. Il y figure la signature complète de l’œuvre : «L. de la Hire in. & F.». Or, une gravure de Chauveau – Méléagre et Atalante – est signée «L. de la Hyre In. F. Chauveau Sculpt.» ; de la première lettre de son prénom donc, puis d'un point. Cela nous conduit à pouvoir envisager le fait que Chauveau aurait pu collaborer avec son maître, pour ce tableau.


Méléagre et Atalante

François Chauveau (d'après Laurent de La Hyre), Méléagre et Atalante, 1643, estampe, H = 33 cm, L = 39 cm (53.600.288 - M.E.T., New-York)


détail de Méléagre et Atalante

(détail) Méléagre et Atalante


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