DEVOTION ET ICONOGRAPHIE

A. La dévotion :


Peu de grands décors d’intérieur de Laurent de La Hyre, ne nous sont parvenus ; on connaît de lui surtout une production de retables, de peintures religieuses. Malgré une notable perte de connaissances et d’intérêt pour le peintre, qui se fait sentir entre 1880 et 1960, la réputation de Laurent va perdurer jusqu'au XXIe siècle ; sa réputation aurait même contribué à ce que des retables n'auraient pas été détruits, à la Révolution. Néanmoins, il s'avère qu'aucune œuvre in-situ du peintre n'est connue. Cas dans lequel se trouve probablement notre tableau creillois.


Quand bien même, en ce qui concerne sa place dans une église, elle demeure tout à fait justifiée au XVIIe siècle. Faire don d'un tableau peut être vu comme une bonne œuvre, comme une potentielle preuve faite de respect des trois vertus théologales (charité, espérance et foi). Une vision de l’œuvre qui n'est pas nouvelle, mais d'autant plus manifeste en période de Contre-Réforme. Lorsque l'Église catholique réagit, face aux attaques des protestants ; réagit à l'encontre de leurs écrits et de leurs exactions iconoclastes. Partisans de l'aniconisme, de l'absence de représentations religieuses, ils n'hésitent pas au XVIe siècle à détruire les images conservées dans des lieux de culte catholiques. Ce qui aura pour effet de générer de nouvelles commandes, ou de modifier l'iconographie.


En effet, le concile de Trente (1545-1563) renforce l'autorité qu'a l'image. Avec un tableau comme celui de Creil, les figures saintes qui s'y trouvent (la Vierge, saint Joseph), contribuent avec la présence du Christ, à ce que l’œuvre prennent un statut particulier. La 25e session dudit concile indique :


«De plus, on doit avoir et conserver principalement dans les églises les images de Jésus-Christ, de la Vierge Mère de Dieu et des autres saints, et il faut rendre l'honneur et la vénération qui leur est due [...] nous adorons Jésus-Christ et vénérons les saints, dont ils portent la ressemblance.»


En 1587, l'évêque Nicolas de Thou dit par ailleurs que l'image «imprime» en l'esprit du «simple peuple» l'histoire sainte, ou encore qu'elle conduit à la «contemplation des choses divines» et invite au culte des saints, pour obtenir leur intercession. Encore au XVIIIe siècle, André Félibien parlera d'une peinture qui peut «élever» aux choses de Dieu, en invitant à la méditation.


Adoration des Rois-Mages

Toros Roslin, Miniature de l'Adoration des Rois-mages, in. Evangiles de Malatia (Ms.10675 - Matenadaran, Erevan, Arménie), 1268 - Nous supposons que le fond doré atemporel donné aux oeuvres médiévales, a peut-être contribué à ce que des scènes religieuses se déroulant la nuit, seront plus tard représentées de jour. Ce phénomène concerne aussi l'Adoration des Rois-mages.


B. L'iconographie :


Ce que l'on voit d'abord ici, ressemble plutôt à une Nativité standard, avec la Vierge mise en valeur, Jésus nouveau né (peut-être devant une donatrice et son fils ? sainte Elisabeth et Jean-Baptiste ?). Cependant, c'est apparement l'arrivée des bergers au loin qui semble avoir donner son nom au tableau. Décrit dans l'Évangile de saint Luc (chapitre 2), l'Adoration des Bergers se déroule normalement la nuit. Néanmoins, jusqu'au XVIIe siècle il arrivera que la scène soit représentée de jour. Après l'annonce d'un ange faite aux bergers, lequel leur dit que la naissance de Jésus sera une «grande joie pour le Peuple» (sous-entendu celui de Dieu), ils sont sommés d'aller à Bethléem, où le trouver «emmailloté dans une mangeoire». On les voit arriver, en haut à gauche du tableau de Laurent de La Hyre.


L'âne que Jospeh nourrit, pourrait être perçu comme un symbole d'humilité et de disponibilité, à l'image du futur Christ. Tandis qu'aux alentours, les ruines peuvent revêtir plusieurs sens. D'une part, il pourrait s'agir d'une métaphore de la précarité de la Vierge. Elle est effectivement vue comme humble, dans la mesure où elle demeure pauvre et qu'elle se reconnaît comme étant la «servante du Seigneur», à l'annonce que lui fait l'ange, quant au fait qu'elle sera enceinte. Ce que rapporte l'Évangile de saint Luc (1:38). D'autre part, nous pourrions y voir une allusion faite à la légende médiévale, selon laquelle à la naissance de Jésus, un temple païen s'effondre. Une manière de dire que le Christ apporte avec lui, une nouvelle ère.


La seconde théorie paraît d'autant plus intéressante, que sur une autre adoration de Laurent de La Hyre, on y distingue ce qui ressemble à du lierre. Or, le Martyre de saint Sébastien peint vers 1480 par Andrea Mantegna et avant conservé à Aigueperse, montre sur les ruines auxquelles le martyre est attaché, du lierre s'élevant vers les cieux. Plante symbole de l'âme qui continue à vivre après la mort, du fait que sa couleur ne change guère avec les saisons et qu'elle enlace parfois les arbres morts. Plante qui est à l'image du christianisme : un signe avant coureur signifiant que le nouveau culte s’élèvera, sur ce qui restera d'un monde païen effondré et qui invite à être pieux, quoi qu'il advienne. Autant d'éléments qui sont censés nourrir l'imagination et la réflexion du fidèle, lors de ses méditations.


Martyre de saint Sébastien

Andrea Mantegna, Martyre de saint Sébastien, vers 1480, tempera, H = 255 cm, L = 140 cm (RF1766 - musée du Louvre, Paris)


ACCUEIL


LA SIGNATURE


L'ATTICISME PARISIEN


BIBLIOGRAPHIE


MENTIONS LEGALES : ©2017, Théodore Ternisien All Rights Reserved. Information may not be copied, or used for commercial purposes, without my express written permission, or the permission of other authors (contact : tternisien01@gmail.com)